Le Mouvement Demain prend acte des conclusions particulièrement sévères de la Cour des comptes concernant le projet du tram de Liège. Ce rapport confirme une série de critiques que notre mouvement porte depuis de nombreuses années à l’égard du recours aux partenariats public-privé (PPP) pour financer les infrastructures publiques.

La Cour estime en effet que le recours au PPP n’a pas été motivé prioritairement par une recherche d’efficacité ou de meilleur usage de l’argent public, mais essentiellement par des considérations budgétaires et comptables visant à limiter l’impact apparent du projet sur la dette régionale.

Pour le Mouvement Demain, ce constat est au cœur du problème. Les PPP sont souvent présentés comme des solutions innovantes permettant de réaliser de grands investissements sans peser sur les finances publiques. En réalité, ils permettent surtout de reporter les coûts dans le temps tout en diminuant le contrôle démocratique sur les projets. Les factures ne disparaissent pas : elles sont simplement étalées sur plusieurs décennies, souvent à un coût supérieur pour la collectivité.

Concrètement, le mécanisme du PPP est principalement mis en place par la Région pour éviter d’emprunter et donc de crever le soi-disant plafond “admissible” de la dette publique. Au départ, il s’agit dès lors d’un exercice comptable. On aurait pu imaginer la Région empruntant la somme nécessaire (grossissant d’autant sa dette) et les remboursant par exemple en 30 ans. La Région aurait ainsi gardé le contrôle total du chantier dont la quasi-totalité aurait été confiée à des entreprises spécialisées mais scrutées en permanence par les pouvoirs publics. En faisant au contraire le choix d’un PPP, il résulte une perte quasi-totale de contrôle assortie d’un paiement annuel (une sorte de loyer)  qui est en réalité supérieure puisqu’il faut en plus payer les actionnaires privés et/ou pour une durée sans doute bien supérieure à la durée du remboursement classique mentionnée plus haut. Le seul “bénéfice” est que la dette ne s’est pas accrue d’un centime. En revanche, les contribuables wallons paieront plus cher puisqu’il leur faudra payer non seulement le coût des travaux (comme dans la première approche) mais aussi la rétribution des actionnaires. Bref, le public ne peut qu’y perdre et le privé y gagner, et ce sans parler de la perte de contrôle dont on voit, dans le cas de figure présent, qu’elle résulte dans des surcoûts dont l’origine est au moins contestable. 

Concernant le dossier du tram liégeois, le rapport souligne également que lorsque les difficultés sont apparues, les risques n’ont pas été assumés par le partenaire privé comme le promet la théorie des PPP. Des avances financières ont été accordées, des pénalités ont été assouplies et un avenant de près de 80 millions d’euros a dû être négocié. Cela illustre une réalité bien connue : dans les PPP, les bénéfices sont privatisés tandis que les risques finissent régulièrement par être supportés par les citoyens. 

La Cour pointe en outre un manque de transparence préoccupant autour de certaines décisions majeures ainsi que des insuffisances dans le suivi du contrat. Là encore, il s’agit d’une critique récurrente adressée aux PPP : la complexité contractuelle rend plus difficile le contrôle parlementaire, citoyen et démocratique de l’utilisation de l’argent public.

Le Mouvement Demain tient à rappeler que défendre la gestion publique ne signifie pas s’opposer aux investissements dans les transports collectifs. Bien au contraire. La transition écologique exige des investissements massifs dans le rail, les transports publics et les infrastructures durables. Mais ceux-ci doivent être conçus dans une logique de service public, avec une maîtrise publique du financement, de la gouvernance et des choix stratégiques.

Le tram de Liège constitue aujourd’hui un avertissement. Alors que la Wallonie devra investir massivement pour répondre aux défis climatiques, sociaux et de mobilité, la priorité doit être de renforcer les capacités d’investissement public plutôt que de multiplier des montages financiers qui réduisent la transparence et font peser les risques sur la collectivité.

La mobilité durable est trop importante pour être abandonnée aux logiques de rentabilité privée. Les transports publics doivent être financés et pilotés dans l’intérêt général, sous contrôle démocratique, et non selon les règles du marché.

Mouvement Demain

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