L’annonce est brutale : GSK envisage la suppression de 1.217 emplois en Belgique d’ici 2028, soit 735 cadres et 482 employés, principalement sur ses sites de Wavre, Rixensart et Gembloux. La procédure Renault vient d’être lancée.
Pour le Mouvement Demain, ces suppressions d’emplois sont d’autant plus inacceptables qu’elles ne concernent pas une entreprise au bord de la faillite.
En 2025, le groupe GSK a réalisé 7,9 milliards de livres de bénéfice opérationnel au niveau mondial, sur un chiffre d’affaires de 32,7 milliards de livres, selon son propre rapport annuel. En Belgique, les organisations syndicales indiquent que GSK Belgium a enregistré près de 2,4 milliards d’euros de bénéfices en 2025. Elles estiment également que l’entreprise a bénéficié cette même année d’environ 481 millions d’euros d’aides publiques et d’avantages fiscaux, notamment au travers des soutiens à la R&D et de réductions de précompte.
Socialiser les risques et les investissements, puis privatiser les bénéfices et supprimer les emplois lorsque les actionnaires réclament davantage de rentabilité : ce modèle n’est plus acceptable.
Il l’est d’autant moins que ces licenciements s’inscrivent dans un programme mondial visant 1,9 milliard de livres d’économies annuelles à l’horizon 2029.
Pas un euro d’argent public sans contreparties sociales
Les aides publiques à l’industrie pharmaceutique peuvent être légitimes lorsqu’elles financent la recherche, l’innovation, la production et l’emploi. Mais elles ne peuvent être des chèques en blanc.
Le Mouvement Demain demande que toute aide publique aux grandes entreprises soit assortie de conditions contraignantes en matière d’emploi, d’investissement et d’ancrage territorial, ainsi que de mécanismes de remboursement lorsqu’une entreprise bénéficiaire décide de procéder à des licenciements collectifs alors qu’elle reste largement bénéficiaire.
C’est précisément la question que posent aujourd’hui les syndicats : quelles contreparties exige-t-on en échange de centaines de millions d’euros de soutien collectif ?
Face à la Chine et aux États-Unis, l’Europe ne peut rester désarmée
Mais le dossier GSK révèle aussi un problème plus profond : l’affaiblissement de notre politique industrielle européenne et l’absence d’une véritable stratégie de protection sociale et industrielle.
La concurrence chinoise dans les biotechnologies n’est plus une perspective lointaine. La Chine est devenue un acteur majeur de l’innovation pharmaceutique. Selon MERICS, les capacités chinoises d’innovation ont déjà dépassé l’Europe dans plusieurs domaines des biotechnologies, après des années de soutien public massif au secteur. L’institut estime que l’Europe doit elle-même renforcer sa politique industrielle et ses investissements si elle veut rester compétitive.
GSK reconnaît d’ailleurs elle-même l’importance croissante de cet écosystème : un responsable du groupe expliquait encore en septembre vouloir mieux équilibrer sa stratégie entre « West and East », après plusieurs accords avec des entreprises pharmaceutiques chinoises.
La réponse ne peut donc être une course au moins-disant social où les travailleurs européens devraient accepter toujours davantage de restructurations, de pression salariale et de suppressions d’emplois pour devenir « compétitifs ».
Nous défendons au contraire un protectionnisme social et écologique européen : utiliser la commande publique, les aides à la recherche, la politique commerciale et les investissements publics pour favoriser les entreprises qui produisent en Europe, respectent des normes sociales et environnementales élevées et garantissent l’emploi.
L’Europe ne doit pas choisir entre le libre-échange naïf et le repli nationaliste. Elle doit construire une souveraineté industrielle européenne fondée sur la coopération, l’emploi et des standards sociaux élevés.
1.217 emplois, ce ne sont pas des variables d’ajustement
Derrière les tableaux Excel d’une multinationale, il y a 1.217 travailleurs et travailleuses, leurs familles, mais aussi des décennies de compétences scientifiques et industrielles accumulées en Wallonie.
Pour le Mouvement Demain, les gouvernements wallon, fédéral et européen doivent cesser d’accompagner passivement les restructurations et reprendre la main sur la politique industrielle.
Nous demandons :
- le maintien d’un maximum des 1.217 emplois menacés et l’examen effectif de toutes les alternatives aux licenciements ;
- la conditionnalité stricte des aides publiques à des engagements d’emploi et d’investissement ;
- des mécanismes de remboursement des aides en cas de non-respect de ces engagements ;
- une véritable stratégie pharmaceutique européenne, avec des investissements publics dans la recherche et la production ;
- et la mise en place d’un protectionnisme social et écologique européen, afin que nos travailleurs ne soient plus placés en concurrence avec des systèmes économiques bénéficiant de soutiens publics massifs et de standards sociaux différents.
L’argent public doit protéger l’emploi et préparer l’avenir. Pas garantir les profits avant de présenter la facture aux travailleurs.
Mouvement Demain





