Charles Michel a présenté sa démission au Roi, une façon de s’éviter l’humiliation d’un vote de méfiance au Parlement.  Certains agitent déjà l’instabilité future du pays pour expliquer que ce départ anticipé n’était pas souhaitable.  Nous estimons au contraire que chaque jour de moins avec cette coalition des droites est un jour gagné pour notre pays et ses habitants. Le bilan du gouvernement MR-NVA est en effet sans équivalent dans l’histoire de notre pays en terme de reculs sociaux, écologiques et démocratiques.

D’un point de vue démocratique, ce gouvernement aura été celui de l’arrivée au pouvoir de ministres NV-A aux sympathies avouées publiquement pour les thèses de l’extrême-droite.  La conséquence est notamment une montée de la xénophobie qui aura culminé avec une lecture fantasmée du pacte dit de Marrakech (si imparfait puisse être celui-ci). Le droit des migrants aura été régulièrement violé et notre pays condamné.  Une parole raciste s’est libérée.  A titre d’exemple, le nombre de plaintes auprès de Unia pour discrimination de nature raciste ne cesse d’augmenter.

D’un point de vue social, ce gouvernement aura été celui du démantèlement du droit du travail avec notamment 30.000 flexi-jobs et un nombre d’intérimaires occupés toute l’année sur la base de contrats journaliers en augmentation constante. C’est également une part des salaires qui ne cesse de baisser dans la richesse produite au profit de la part retournant au capital, un salaire minimum en baisse par rapport au salaire médian (alors qu’il a augmenté de plus de 7% en moyenne dans les pays de l’OCDE).  C’est un démantèlement de la sécurité sociale, le recul à 67 ans de l’âge de la pension, une pauvreté qui ne cesse de croître. En 2017, près de 16% de la population belge présentait un risque de pauvreté.

D’un point de vue écologique, ce gouvernement aura été celui de la prolongation du nucléaire, mais aussi des coupes dans l’aide au développement, du soutien au CETA et à l’ISDS, ou encore du renforcement de l’agrobusiness. Il aura surtout été celui du renoncement sur l’enjeu majeur de ce siècle : le climat.  La Belgique devait, et c’est déjà totalement insuffisant, réduire ses émissions de 15% en 2020 par rapport à 2005. Elle n’y arrivera pas, faisant de notre pays un des 7 en Europe qui n’atteindra pas ses objectifs.  Les émissions de notre pays sont carrément reparties à la hausse l’an dernier. Et cela n’est pas le fruit du hasard.  La Belgique est, par exemple, un des plus mauvais élèves européens en matière d’investissements dans ses infrastructures de mobilité. Alors que la fréquentation du chemin de fer a augmenté de 46 % depuis 2000, le gouvernement Michel a, c’est symptomatique, baissé la dotation de la SNCB de l’ordre de 3 milliards d’euros.

Et tous ces reculs avec quel bilan économique puisque c’était l’objectif principal affiché ? Nul ! L’activité économique est en berne. La croissance du PIB, qui n’est pas du tout notre graal mais constitue celui des productivistes et de ce gouvernement, est sans appel. Depuis l’entrée en fonction du gouvernement Michel, la Belgique figure à la 25ème place (sur 28 pays européens) du classement en matière de croissance économique. Nous nous trouvons en-dessous de la moyenne de la zone euro depuis plus de deux ans déjà et l’écart continue à se creuser.

La création d’emplois, le fameux « jobs jobs jobs », est également un échec.  Le gouvernement se targue d’une baisse du chômage mais il a en réalité bidouillé les chiffres, sortant de ses statistiques pas moins de 150.000 personnes sans emploi.  Ce sont 42.000 jeunes ayant terminé leurs études (première année désormais sans allocation), 68.000 demandeurs d’emploi avec inscription obligatoire sans droit aux allocations de chômage, et 40.000 chômeurs inscrits sur base volontaire comme demandeurs d’emploi. Le chômage réel reste largement au-dessus de la barre des 500.000 personnes ! Même les PME qui avaient placé leur espoir dans ce gouvernement ont été trahies : selon les chiffres officiels, en octobre 2018, 1.125 entreprises au total ont été déclarées en faillite en Belgique. Ces faillites ont entraîné 2.209 pertes d’emploi.

Dès lors, il est difficile de pleurer ce gouvernement.  Il est possible que notre pays s’apprête à passer de longs mois sans gouvernement.  Les affaires courantes ont toutefois prouvé par le passé qu’elles n’étaient pas forcément pires que les mesures régressistes de nos gouvernements.

La fracture politique entre Nord et Sud du pays nous semble aujourd’hui grandissante. La gauche est de plus en plus minoritaire en Flandre quand elle reste largement majoritaire en Wallonie et très présente à Bruxelles.  Ne nions pas cette réalité qui a des conséquences réelles sur le blocage institutionnel de ce pays.  Dans ce contexte, il nous semble que le rôle d’une formation de gauche comme la nôtre est double.  D’une part, il convient de ne pas nier ces différences, d’être partisan du droit à l’autodétermination et donc du régionalisme dès lors qu’il est une façon de rapprocher l’exercice politique de la volonté populaire et de tenir compte de réalités économiques qui peuvent être différentes. D’autre part, il convient de toujours éviter ce qui divise inutilement le monde du travail.  Fondamentalement, le besoin de justice sociale et environnementale, ou encore de plus de démocratie, ne connait pas de frontière, ni au sein de notre pays, ni au plan international. C’est pourquoi la solidarité contre toute les formes de domination demeure au cœur de notre projet écosocialiste.

Communiqué du Comité Fédéral du Mouvement Demain (19 décembre 2018)

 

Source illustration : http://www.dewereldmorgen.be

 

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