Un reportage et une opinion de Maxime Ramirez

Ce mercredi 9 janvier 2018, une manifestation s’est déroulée devant l’ambassade des États-Unis à Bruxelles, quelques militants du Mouvement Demain étaient présents. Cet appel était lancé par Venesol, ZIN TV, Intal, Cubanismo.be, Hands Off Venezuela ! et la Coordinadora[1].

Qu’avons-nous revendiqué ? Le respect du résultat des processus électoraux au Venezuela et notamment de la dernière élection présidentielle qui s’est déroulée en 2018 pour le mandat qui couvre la période 2019 – 2025. Ce jeudi 10 janvier 2018, Nicolas Maduro prêtera serment devant le Tribunal Suprême de Justice (TSJ) et entamera son deuxième mandat. Nous pouvons penser ce qu’on veut du président réélu, le peuple vénézuélien a majoritairement voté pour lui et pour son parti (le PSUV[2]) ainsi que pour la nouvelle Assemblée Nationale Constituante (8 millions de votants pour l’ANC). Le peuple vénézuélien a ainsi envoyé un signal clair à une série de partis de l’opposition (droite dure et divers groupes d’extrême-droite) : la violence contre le président Nicolas Maduro, ses ministres, la police… est très largement désapprouvée par la population.

Les États-Unis considèrent que les progressistes au pouvoir dans les pays d’Amérique latine sont un problème. Trump poursuit ici la politique qu’Obama avait commencé[3]. Les USA ont monté une coalition de pays larbins pour chercher à en découdre avec le gouvernement de Nicolas Maduro, le « Groupe de Lima ». Dans cette coalition, les exécutifs de Bolsonaro et de Duque tirent les autres au combat contre le “communisme”. Le premier est le nouveau président du Brésil, le second, de la Colombie. Tous les deux ont des liens avérés avec les militaires et n’ont qu’une seule envie : en découdre avec les mouvements sociaux dans leur propre pays et avec le Venezuela -accusé d’être derrière chaque protestation sociale-. Jair Bolsonaro et Ivan Duque[4] ne s’en cachent pas. Tandis que les « autres » ce sont exclusivement des gouvernements de droite dure où les scandales de corruption y sont légion (Chili, Argentine, Pérou) quand ce ne sont pas des régimes autoritaires (Honduras, Guatemala, Paraguay, Panama). Il faut relever que le Canada du « progressiste » et « démocrate » Justin Trudeau fait partie du Groupe de Lima.

Le Venezuela n’est heureusement pas tout seul et peut compter sur de nombreux pays sur le continent. Un allié de poids est le Mexique où le nouveau président, Andrès Manuel Lopez Obrador (AMLO), applique une politique de non-intervention dans les affaires internes d’un pays étranger et reconnaît la légitimité de Maduro. Parmi les autres pays qui reconnaissent le résultat des urnes, il y a des gouvernements peu suspects de bolchevisme comme l’Équateur de Lenin Moreno[5], les exécutifs de centre-gauche d’Uruguay et du Salvador, la République dominicaine[6], etc. Enfin Caracas peut compter sur ses alliés habituels : Cuba, la Bolivie et le Nicaragua. Au niveau international, la Chine et la Russie soutiennent Nicolas Maduro, la plupart des pays d’Afrique et d’Asie ne suivent pas les États-Unis.

Le cas du Venezuela concentre toutes les tensions et attentions, mais derrière ce pays, les véritables cibles de cette offensive internationale ce sont toutes les femmes du continent, les syndicalistes argentins, les peuples amérindiens de la forêt amazonienne et de la Patagonie (pour ne citer que deux endroits emblématiques), les paysans colombiens, les ouvrières chiliennes, les défenseurs des droits humains au Paraguay, les travailleurs honduriens, les pauvres, les sans-logis, les militants écologistes, etc.

En aucun cas, il n’est possible d’imaginer ou d’envisager qu’une opération militaire menée par l’un des pays du Groupe de Lima et/ou par les États-Unis[7], ne résoudra les problèmes -problèmes bien réels, il ne s’agit pas de les nier. Évidemment qu’il y en a des choses qui ne vont pas au Venezuela mais ce n’est certainement pas une « atroce dictature rouge », le véritable problème du manque d’industrialisation et de dépendance au pétrole sont les problèmes sur lesquels la gauche, ici, en Belgique et plus largement en Europe, se doit de réfléchir. En aucun cas, une intervention « humanitaire » menée par les États-Unis n’aura pour but réel de « réinstaurer la démocratie ».

Il faut aussi dénoncer l’Union européenne, ses institutions ainsi que les gouvernements de Charles Michel et d’Emmanuel Macron (pour ne citer que ces deux-là) qui ont fait preuve d’un suivisme atlantiste aveugle à toute épreuve. Des sanctions ont été prises, les missions d’observation des élections ont été annulées, etc. De plus, le Venezuela est utilisé contre les oppositions de gauche en Belgique, en France et ailleurs pour discréditer, mentir, insulter et tuer tout espoir d’une alternative sociale, écologiste et démocratique à l’enfer ultralibéral dans lequel dépérissent les peuples du Vieux Continent.

Pour toutes ces raisons et bien d’autres encore, des militants du Mouvement Demain étaient présents, ce mercredi 9 janvier 2018, aux côtés de Venesol, et des autres organisations du Réseau européen de solidarité avec la révolution bolivarienne, et ils continueront à le faire par la suite, tant qu’il le faudra.

 

 

[1] L’appel se trouve ici : http://venesol.org/2018/12/31/nous-soutenons/

[2] Le Parti Socialiste Unifié du Venezuela (PSUV) a remporté les dernières élections locales.

[3] Sauf vis-à-vis de Cuba, là, il fait l’inverse hélas. Nous conseillons cet excellent article écrit par le journaliste Maurice Lemoine : http://www.medelu.org/A-Cuba-Donald-Trump-franchit-le

[4] En Colombie, il y a déjà, rien que pour les premiers jours de l’année 2019 (!), 6 morts parmi les défenseurs des droits humains, les leaders des mouvements sociaux.

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[5] Malgré le prénom « Lenin », et bien que venu des rangs de la gauche, le président Moreno s’applique à réinstaurer le néolibéralisme en Équateur.

[6] Si ce pays était communiste, l’opposition vénézuélienne ne l’aurait jamais accepté comme pays médiateur dans les négociations entre elle et le gouvernement Maduro.

[7] Les États-Unis ne font officiellement pas partie du Groupe de Lima. Mais c’est bien Mike Pompeo, le Secrétaire d’État du gouvernement Trump, qui était invité en visioconférence à une réunion du Groupe de Lima… https://www.facebook.com/christophe.ventura.39/posts/10156984747793874

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