De l’ineffable Georges-Louis Bouchez au pourtant très respectable François Ruffin, des élus de toutes sensibilités s’émeuvent de la suspension des comptes Twitter et Facebook de Donald Trump, et ce au nom de la liberté d’expression. Ceci soulève quelques réflexions.

Tout d’abord le fait que l’on doit se réjouir qu’une parole de mensonge et de haine comme celle de Trump ne dispose plus de ce levier puissant pour se répandre. Sans même revenir à son élection il y a 4 ans, si Trump a pu instiller ces dernières semaines l’idée d’une élection volée (alors qu’il a obtenu près de 7 millions de voix de moins que son adversaire), s’il a pu leur extorquer une somme de plus de 200 millions de dollars pour contester le résultat de l’élection (sans en dépenser le centième), s’il a pu galvaniser et mobiliser ses supporters menant à la prise violente du Capitole, c’est essentiellement grâce aux réseaux sociaux.

Twitter ou Facebook sont des plateformes privées régies par un souci : faire du profit. Elles ont longtemps laissé prospérer Trump et bien d’autres dans ce but.  Et si, devenues mainstream, elles le bloquent aujourd’hui c’est aussi en faisant le calcul cynique que c’est ce qui leur sera le plus profitable désormais. Elles soignent leur image.

Mais dans cette logique marchande, soyons certains que grandiront d’autres acteurs privés qui feront le calcul qu’il leur est profitable d’accueillir tout ce petit monde. C’est d’ailleurs déjà ce qui se passe avec certaines plateformes émergentes.  Ainsi la capacité de nuisance de Trump est-elle amoindrie pour un temps mais pas morte.

Cela fait longtemps que ces plateformes s’érigent en juges de ce qui relève de la liberté d’expression, que des comptes sont bloqués pour une parole ou un bout de sein. Trump n’est certainement pas le plus choquant des cas de censure.

Surtout, que l’on soit Georges-Louis ou François, penser que ces plateformes privées peuvent être les gardiens de notre liberté est un aveu de faiblesse incroyable.

Et donc autant il est logique de ne pas se priver de leur usage pour toucher le plus grand nombre quand nous en avons la possibilité, autant il est de notre responsabilité de continuer d’avoir d’autres canaux pour nous exprimer, des canaux que nous devons privilégier.  Avoir nos propres sites internet et y poster en priorité notre travail et nos analyses.  Choisir des hébergeurs à l’indépendance reconnue.  Construire nos propres médias. Se battre pour que vivent et prospèrent des médias de service public, ainsi que des médias coopératifs.  Se battre pour que la loi protège la liberté d’expression tout en nous protégeant des paroles de haine et des discriminations.

A côté de cette architecture de communication à large spectre, se pose aussi la question de la place d’un journalisme professionnel libre et indépendant, dans nos sociétés. De son enseignement, de son financement et du contrôle de toutes les manipulations dont il fait aussi l’objet. L’idéal d’une presse transparente, d’un contre-pouvoir à la puissance de l’argent et d’une recherche de vérité a aussi sombré dans ce maelstrom. C’est aussi un élément majeur de la démocratie.

Une opinion de Pierre Eyben et France Lhoir

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