Depuis l’année dernière, nous sommes des millions à montrer dans la rue notre conscience de l’urgence climatique.

Et partout, à l’unanimité, nos autorités bien-aimées communient, les paumes vers le ciel et les yeux mi- clos, et se déclarent autant préoccupées que nous par le problème. Mais totalement impuissantes
devant l’ampleur planétaire de la solution à apporter, vous pensez bien.

Ainsi, nos autorités sensibilisées ne lèvent pas le petit doigt pour y apporter ne serait-ce qu’une tentative de solution.

En revanche, pour ce qui est de tout mettre en œuvre pour aggraver la situation, de la volonté politique il y en a ! On peut même parler d’une volonté inébranlable, d’une volonté de fer.

Ainsi, notre région a décidé de se spécialiser dans la logistique et de faire de Liège Airport la première plate-forme logistique en Europe. Un premier pas dans cette voie est l’arrivée du géant chinois du commerce en ligne Alibaba. On ne pouvait pas faire pire pour aggraver la situation…

Explosion du transport routier, aérien et ferroviaire.

En 2030, la concrétisation des activités de fret projetées à Liège Airport signifiera :

  • au moins 1500 camions supplémentaires par jour rien que pour Alibaba ;
  • un nombre bien plus important de camionnettes, impossible à déterminer ;
  • l’augmentation drastique du nombre de vols, sachant qu’en capacité maximale (1), l’aéroport pourrait accueillir une centaine de vols par jour, soit un toutes les 15 minutes, de jour comme de nuit;
  • des kilomètres de convois ferroviaires; actuellement déjà, rien que pour Alibaba, 5 trains de 600m de long, soit +/-3 km de conteneurs arrivent chaque semaine à Bierset depuis la Chine (2).

Émissions de gaz à effet de serre, pollution de l’air, microparticules (3), nuisances sonores multipliées, voilà la politique de la Région Wallonne en matière d’environnement.

Bétonisation tous azimuts.

Les seuls entrepôts d’Alibaba occuperont 38 hectares (4). Avec les parkings et dégagements, cela représente le bétonnage de 50 hectares. Mais à terme, si la Région Wallonne maintient ses objectifs, la
bétonisation augmentera de près de 400 hectares d’entrepôts, parkings et voiries (5). 400 hectares, c’est la surface des quartiers d’Outremeuse, Centre, Avroy-Saint-Gilles, Guillemins, Fragnée, Vennes,
Longdoz et Amercoeur réunis. Ces surfaces seront en grande partie prises sur les terres agricoles de Hesbaye (6), réputées parmi les meilleures du monde, alors que nous n’assurons plus notre
souveraineté alimentaire que la Wallonie a déjà augmenté ses surfaces artificialisées de 540 km² depuis 1985.

La bétonisation ne se limitera pas à Liège Airport. Le trafic routier par camions et camionnettes demandera à terme d’adapter nos infrastructures routières vers l’Allemagne, la Hollande et la France.
Doit-on craindre que la liaison autoroutière CHB (Cerexhe-Heuseux-Beufays) ressorte des placards, suivie d’une liaison Beaufays – Tilff – Boncelles Puis Boncelles – Seraing (7) par exemple, soit 23 km d’autoroute ce qui fait près de 70 hectares pour une autoroute de 30m de large ?

Privatiser pour financer ?

Mais où la Wallonie va-t-elle trouver les moyens financiers pour ces projets démesurés ? On suppose que pour Alibaba, les Chinois pourraient investir, mais on parle aussi de vendre les parts publiques de Nethys, ainsi que les aéroports de Liège et Charleroi. Vente des aéroports voulue par l’Union Européenne…

Impasse économique

Alibaba n’est qu’un pas dans la volonté de faire de Liège Airport le premier aéroport de fret d’Europe. En misant sur la logistique, la Wallonie se lance tête baissée dans une impasse économique évidente, à l’heure où les carburants fossiles atteignent les limites d’une exploitation raisonnable et que taxer le kérosène devient une évidente nécessité.

Des conséquences désastreuses pour l’emploi.

Nos autorités nous annoncent la création de milliers d’emplois (directs et indirects) à la suite de l’arrivée d’Alibaba à Liège Airport, mais aucune étude sérieuse ne vient étayer cette poudre aux yeux.
Cependant :

  • il est prouvé que le commerce numérique détruit environ 30 % de l’emploi dans le commerce traditionnel [1]  ;
  • aucune étude n’a été menée par nos autorités pour mesurer l’effet destructeur de l’arrivée en continu des produits chinois sur notre tissu industriel et sur l’emploi. Or on peut craindre la pire, les produits
    chinois étant bien moins chers que les produits européens ;
  • le manque à gagner pour l’état est colossal en terme de taxes et TVA non perçue. En effet, les douanes ne sont pas en capacité de contrôler correctement les marchandises entrant sur notre
    territoire (8) ;
  • et si quelques emplois seront créés par le développement de l’activité logistique, ils ne survivront pas longtemps à la robotisation du secteur actuellement en cours. En Chine, par exemple, justement, l’entreprise JD.com a ainsi liquidé 99 % de ses ouvriers en les remplaçant par des robots [2]  ;
  • les 4.500 emplois déjà créés à Liège Airport ont nécessité plus d’un milliard d’euros d’argent public sous forme d’investissements soit 220.000 euros par emploi. S’ajoutent à cela les aides diverses tels
    les subsides aux entreprises, aides à l’emploi, à la mobilité, etc.

Déni de démocratie.

Les négociations avec Alibaba ont eu lieu dans la discrétion des affaires. Le public n’a appris la nouvelle que lorsque l’accord a été signé. La décision de développer Liège Airport date des années
1990. Il devient chaque jour plus évident que ce choix peut et doit être remis en question.
Alors, tous ensemble, pour défendre le climat, notre économie et notre santé, disons non à l’arrivée d’Alibaba à Liège !

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(1) capacité maximale estimée sur base de la piste principale existante et des aménagements afférents, y compris le projet de parking complémentaire pour 11 avions. Cette capacité pourrait encore être largement augmentée (jusqu’à 700 mouvements par jour, vols compris, moyennant de futurs investissements type parkings avions, taxiway et terrains afférents ; optimisation des infrastructures ; mode de décollage/atterrissage; etc.).

(2) les blocktrains sont destinés à remplacer en partie le fret maritime. Or, contrairement aux idées reçues, à l’unité transportée, le transport maritime est beaucoup moins polluant que le train. En effet, une très grande partie des lignes n’est pas électrifiée. A noter également que le projet Carex (fret TGV) est actuellement à l’arrêt, faute de volonté politique pour sa mise en œuvre.

(3) il s’agit ici, entre autres, des microparticules provenant de la poussière de pneus des camions. A titre d’exemple, 90% des 45 tonnes de microplastiques accumulées chaque année dans le Lac Leman en Suisse proviennent de l’usure des pneus [3].

(4) les 38ha sont les chiffres annoncés par Liège Airport et Alibaba. A noter toutefois que le permis en cours d’instruction fait état d’un premier entrepôt de 3ha sur un terrain de 22ha.

(5) des zones vertes tampons sont prévues. A notre estime, il s’agit ici de greenwashing pur et simple, les zones tampons prévues ne pouvant garantir un maillage cohérent de la biodiversité.

(6) à noter que ces terres agricoles ne sont plus reprises comme tel au plan de secteur.

(7) la liaison autoroutière Cerexhe-Heuseux-Beufays figure en variante recommandée en page 46 et dans les actions prioritaires en page 139 du rapport final du PUM Liège adopté par le Gouvernement Wallon le 16 mai 2019. De même que l’élargissement des tronçons stratégiques (ring nord) alors que les comptages et projections justifiants cet élargissement ne tiennent pas compte de l’arrivée d’Alibaba et de ses 1500 camions. Cfr pages 105 et 139 du même document.

(8) On rappelle qu’une partie de la TVA perçue sert de financement alternatif à la Sécurité Sociale. Autrement dit, à nos pensions, soins de santé, allocations, etc.

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[1]  Conférence de Cédric Leterme à Barricade le 6 novembre 2019.
[2] https://www.jobat.be/fr/art/video-voici-comment-4-chinois-traitent-200000-commandes-par-jour , 15 novembre 2019
[3] https://asleman.org/fr/des-microplastiques-dans-le-leman/?fbclid=IwAR1QHhcv27HZae6oDGQ6jZibCXfZZ87GFx77AYnOjmZ8U2hUROKVQI8vwMY

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Nous remercions le géographe Marc Alardeau pour son travail dans lequel nous avons puisé beaucoup d’informations pour développer nos positions de défense des travailleurs et de l’environnement.

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