À chacune des crises qui soulèvent la planète, d’aucuns se demandent ce qu’attendent les Nations-Unies. De fait, l’ONU attend d’être refondue, son histoire l’ayant progressivement réduite à l’impuissance et donc privée de raison d’être. Les derniers grands événements en Ukraine, à Gaza et au Venezuela montrent clairement que l’organisation, inventée à la veille de la victoire des Alliés sur les pays de l’Axe, a été reniée par certains de ses pays fondateurs. Ces pays avaient glissé dans le machin le moyen de le paralyser et c’est devenu évident depuis une douzaine d’années. 

Faut-il pour autant renoncer au multilatéralisme, ou au contraire ne faudrait-il pas lui donner de nouveaux moyens ?

Si certains États, particulièrement la Russie, Israël et les USA se sont totalement affranchis de la Charte des Nations-Unies dans leur conduite des affaires internationales, ce n’est sans doute pas le cas de la majorité des États de la planète, même si certains d’entre eux semblent aujourd’hui tétanisés par les mauvais choix qu’ils n’ont pas cessé de faire depuis des années, particulièrement en Europe où l’on ne semble pas avoir compris que la Deuxième Guerre et la Guerre froide étaient terminées. 

Alors, bazardons le machin et recréons-le, sur les mêmes bases mais avec quelques différences. 

Première différence : abolition du droit de veto au Conseil de sécurité. Si certains États ont peut-être plus le droit que d’autres de siéger en permanence au Conseil de sécurité, il n’y a plus de raison que cela leur permette de bloquer le Conseil en permanence, lui enlevant de ce fait toute pertinence. Il serait d’ailleurs opportun que certains autres États accèdent au statut de membre permanent ; il paraît évident que l’État le plus peuplé de la Terre y siège aussi. 

Deuxième différence : l’action de l’ONU ne se limite pas à son Assemblée générale, au Conseil de sécurité et au Secrétariat. De nombreuses institutions et agences jouent un rôle, souvent plus discret mais plus utile aux peuples de la Terre: CIJ, HCDH, OCHA, PNUD, UNICEF, UNHCR, UNRWA, PAM, OMS, OIT, FAO, UNESCO, UIT, AIEA, CPI, OIM, etc. Dans une organisation multilatérale refondée, l’adhésion ne se fera plus à la carte: ou l’on adhère à tout, ou l’on n’adhère à rien, et on finance suivant les mêmes règles tout ce à quoi on adhère. 

Ancien siège de la SDN (et appartenant aujourd’hui à l’ONU)

Troisième différence : même si le principe d’admission des États à cette nouvelle organisation multilatérale reste très semblable, elle doit cependant être conditionnée à l’adhésion au principe du tout ou rien. Celle-ci se manifeste comme indiqué plus haut mais aussi et surtout par l’adhésion inconditionnelle et réelle aux grands traités multilatéraux, à commencer évidemment par la Charte des Nations-Unies mais aussi les Conventions de Genève de 1949 sur le droit international humanitaire et la convention sur le statut des réfugiés de 1951, le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires, le Statut de Rome fondant la Cour pénale internationale, et tous les autres grands textes trop souvent ignorés des puissants. 

Enfin, sur le plan pratique, comme la venue de représentants venus du monde entier a cessé de plaire à l’autocrate étatsunien, le siège de la nouvelle organisation sera installé à Genève, où se trouvent déjà nombre des services spécialisés de l’ONU. Et pour ne pas confondre l’avant et l’après, on pourrait rebaptiser la nouvelle organisation multilatérale “Société des nations”. Ça s’est déjà fait et le nom de domaine est disponible. 

Le passage de l’ONU à la nouvelle SDN est assez simple dans la mesure où l’on conserve tout le bon en ne jetant que quelques déchets : il n’y a rien à inventer, il faut juste accepter son nouveau cadre. Ce sera évidemment un test de bonne volonté : quiconque choisira par sa volonté ou son inaction de ne pas la rejoindre se présentera aux autres pour ce qu’il est réellement. 

Une opinion de Thierry Bingen

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