Le Mouvement Demain est préoccupé par la forme que prend aujourd’hui la contestation des mesures gouvernementales pour tenter d’endiguer l’épidémie de Covid, en Belgique, comme dans d’autres pays.

Le rejet des mesures prises est répandu, en témoigne la mobilisation de ce 21 novembre à Bruxelles, et il est sans doute sous-estimé par une partie du personnel politique.  Ce rejet est en partie légitime car les gouvernements se montrent largement défaillants à protéger efficacement la population et à agir avec conséquence. Mais il brasse également de nombreuses contre-vérités, ainsi que des thèses et des revendications dangereuses.

Autant nous ne pensons pas que toutes les 35.000 personnes présentes à Bruxelles partagent des thèses de ce type, autant nous constatons l’omniprésence de milieux réactionnaires en général et de l’extrême-droite en particulier. Il y avait bien évidemment la présence importante dans la manifestation de formations et de figures de l’extrême-droite (singulièrement flamandes).  Mais on retrouvait également des personnes d’ultra-droite parmi les organisateurs. Cela s’est traduit dans des mots d’ordre poujadistes (médias pourris, Etat corrompu,…) et qui évitent certaines questions marquées socialement.

Le contexte dans lequel nous sommes plongés pose crûment la question de l’équilibre entre libertés individuelles et libertés collectives. Pour le mouvement Demain, privilégier les premières est l’apanage de la droite et privilégier les secondes celui de la gauche. Dans la hiérarchie des valeurs qui est la nôtre, il nous semble donc légitime que les premières soient dans certains cas contraintes par les secondes. Face à un virus qui a déjà fait 5 millions de morts, faire le choix de se protéger collectivement de pratiques individuelles nuisibles à la société est légitime.  Or, même si leur efficacité n’est pas parfaite et s’ils sont fabriqués par des firmes privées quand nous préférerions qu’ils soient des biens publics, les vaccins ont montré statistiquement leur efficacité à faire baisser la contagion et les formes graves de la maladie. Avoir peur d’effets secondaires (qui existent mais sont peu importants) ou ne pas se sentir menacé par le virus (qui est surtout mortel pour les personnes plus âgées ou souffrant d’autres pathologies) doit légitimement être mis en balance avec le fait de constituer un risque de contagion pour les autres.

Une société dans laquelle nous n’agissons que sur base de nos intérêts personnels à court terme n’est pas une société plus désirable qu’une société qui nierait nos aspirations personnelles.  Force est de constater que le capitalisme a exacerbé en nombre de citoyens des tendances individualistes. Nous faisons de moins en moins société.  Trop souvent, nous ne voyons le monde qu’à l’aune de nos seules envies, de nos intérêts. La solidarité s’estompe.  Il n’est dès lors pas étonnant de trouver des figures d’extrême-droite à la tête de la contestation contre une prétendue “dictature sanitaire”, s’appuyant sur ce “capitalisme en nous” pour mettre en avant la seule liberté individuelle (et d’ailleurs pas pour tout le monde si on a la prudence de les écouter avec attention).  Ce qui est plus étonnant, c’est de voir que leur message est relayé parfois sans discernement et que des courants de pensée entiers, comme le mouvement de la décroissance et son journal avec lesquels nous avons longtemps milité, relaient désormais sans recul ces slogans poujadistes, donnent la parole à des personnes issues des rangs de l’extrême-droite comme le docteur Bouillon, ou adeptes du grand complot comme le rappeur Mysa. Définitivement, ne pas être en phase avec notre société, ou s’opposer au recul de nos libertés (sans bien préciser lesquelles) ne constitue en rien un projet politique commun suffisant et souhaitable. Certains l’oublient totalement.

Il nous semble que la façon la plus évidente d’endiguer l’hystérisation du débat en cours aujourd’hui est double.  Premièrement, il faut se battre pour donner droit aux faits, à la rationalité. Il faut pouvoir sans relâche dénoncer les affirmations grotesques portées contre le vaccin (présence de nanoparticules dangereuses, modification génétique, nombreux morts,…) avec un écho amplifié par des réseaux sociaux dont les algorithmes favorisent les contenus polémiques. Ces contre-vérités sont portées soit par des personnes qui y trouvent leur moment de gloire, soit qui s’appuient sur les peurs ou la méconnaissance scientifique.  Il reste, comme lors de toute avancée, une part d’incertitude. Un débat scientifique, et citoyen, critique est sain.  Mais il doit se faire sur une base sérieuse, et en mettant dans la balance risques et avantages.  A ce stade, il est difficilement contestable que la vaccination a permis de sauver de nombreuses vies. Le nombre de morts est plus faible dans les pays présentant la meilleure couverture vaccinale, même si un sentiment un peu prométhéen a conduit certains (et notamment en Flandre) à baisser la garde en espérant un peu rapidement avoir vaincu le virus.

Une analyse du Mouvement Demain

Illustration : Dries Van Langenhove, fondateur du tristement célèbre mouvement “Schild & Vrienden” et député d’extrême-droite Vlaams Belang, posant fièrement lors de la manifestation du 21 novembre à Bruxelles

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