A juste titre, l’opinion publique s’est émue de l’aveuglement cynique de Donald Trump et de la sortie des Etats-Unis de l’accord de Paris sur le climat.  Mais qu’en est-il de l’engagement de la Belgique ? Avant une séance de rétropédalage un peu grotesque, la Ministre de l’environnement Marie-Christine Marghem a déclaré via sa porte-parole qu’elle souhaitait assouplir l’objectif belge de réduction des gaz à effet de serre (-35% d’ici 2030).  Motif ?  Nous sommes un pays de transit pour les camions.  La Belgique via le gouvernement actuel et sa ministre de l’environnement a-t-elle pris des initiatives pour favoriser le ferroutage ?  La Belgique a-t-elle initié une fiscalité favorisant des modes de transport moins polluants ? A-t-elle mis en place des mécanismes permettant une relocalisation de l’activité économique ? S’est-elle opposée aux accords de libre échange (TTIP, CETA,…) qui génèrent le transport de marchandises à travers la planète ?  La réponse est chaque fois négative.  Madame Marghem semble souhaiter négocier avec la Commission Européenne pour que nous en fassions moins ?  Qui négociera avec la biosphère lorsque nous aurons dépassé toutes les limites ?

La lutte à engager contre le réchauffement climatique constitue dans le même temps pour notre humanité un défi sans précédent, et l’occasion unique de reprendre en main le cours d’une construction collective en changeant radicalement de cap. Les données sont simples : de l’époque préindustrielle à aujourd’hui, le taux de CO2 dans l’air est passé de 280ppm à 400ppm soit un niveau que la planète n’a plus connu depuis des millions d’années (Source : NASA).  Cette hausse est indubitablement liée à l’activité humaine.  A titre de comparaison, ce taux était de 180ppm lors de l’ère glaciaire et sa hausse de 100ppm aura suffi pour passer à un climat tempéré.  En conséquence, lors du XXe siècle, le réchauffement global a été de 1°C avec déjà des conséquences énormes (fonte des glaciers, acidification des océans, fréquence accrue d’événements météorologiques extrêmes,…) et une hausse de 1.6°C est désormais inévitable. Afin d’éviter un phénomène d’emballement aux effets totalement dramatiques, il s’agit de contenir cette hausse au-dessous des 2°C dans les prochaines années. Pour cela il convient selon le GIEC de faire baisser de 70% les émissions de gaz à effet de serre par rapport au niveau de 1990 d’ici 2050, et de quasi totalement les supprimer d’ici 2100, et ce à l’échelle de la planète.

Sommes-nous en mesure d’atteindre cet objectif ?

C’est un défi sans précédent entamé de la pire des manières : en refusant de regarder en face la réalité.  Le protocole de Kyoto signé en 1997 est un échec.  Loin de baisser, les émissions de gaz à effet de serre ont augmenté de 61% entre 1990 et 2013.  Les pays industrialisés, dont la Belgique, qui ont obtenu une baisse (limitée) de leurs émissions, l’ont fait principalement « grâce » à une délocalisation (choisie ou subie) vers les pays dits émergents de productions polluantes (par exemple la sidérurgie pour la Wallonie) mais sans que soit diminuée sérieusement notre « empreinte climatique » par habitant.

La lutte contre le réchauffement climatique constitue un véritable test grandeur nature pour notre société. Pour le Mouvement Demain (cofondé par le Mouvement VEGA et le Mouvement de Gauche), relever ce défi n’est pas hors d’atteinte mais signifie plusieurs ruptures avec la logique actuelle :

1.      En finir avec les énergies fossiles, et désarmer les multinationales climaticides

Sur ce dossier, le monde politique n’a pas à inciter le monde économique, il a à le soumettre. Pas par idéologie ou par nostalgie de pratiques étatiques, mais parce que par nature les multinationales ont pour objet de réaliser du profit, que préserver la biosphère ne rentrent pas dans leur logique économique.

Les gisements de combustibles fossiles actuellement exploités ou en passe de l’être représentent 3000 gigatonnes potentielles d’émissions de C02. Pour éviter de franchir la barre de 2°C, nous devons en laisser 80% dans le sol. Aujourd’hui 200 entreprises possèdent les principaux gisements de gaz, pétrole et charbon, où un permis de les exploiter. Il faut les mettre hors d’état de nuire sans plus attendre. Pour ce faire, les Etats possèdent trois armes : mettre fin aux investissements dans le secteur fossile (aujourd’hui encore 4 fois supérieurs à ceux dans les énergies renouvelables), cesser d’octroyer des financements aux acteurs du secteur, et décider d’un moratoire sur les subventions à l’énergie fossile (chaque année dans le monde, 5300 milliards de dollars sont dépensés par les Etats pour soutenir les énergies fossiles ce qui est davantage que le total des dépenses liées à la santé) (Source : Novethic).

2.      En finir avec le mythe de la croissance

La croissance est la nouvelle religion du monde économique et politique.  Elle est faussement présentée comme l’alternative aux inégalités sociales et au chômage. Or, les études montrent que la croissance s’accompagne invariablement d’une augmentation des émissions de CO2.  L’idée d’une croissance verte et immatérielle demeure un mythe.  Il faut donc sortir de cette logique et mener deux débats : sur l’utilité et la nature des productions d’une part, sur la juste répartition des richesses et biens d’autre part.

3.      En finir avec le libre-échange généralisé et relocaliser notre activité économique

Les politiques de libéralisation du commerce globalisent le mode de vie occidental et allongent les circuits de production et de consommation. Pourtant, l’article 3.5 de la Convention-cadre sur les changements climatiques établie à Rio en 1992 écarte les mesures pouvant remettre en cause la primauté du droit commercial international qui prime sur le droit environnemental. Il faut rompre avec cette logique. Nous ne pourrons relever le défi climatique sans une refonte profonde de nos modes de productions, et dès lors du modèle économique actuel.  Nous devons mettre en place des règles commerciales qui favorisent la relocalisation de l’activité économique, ainsi que la « démarchandisation » de nombreuses productions.

Pour une véritable alternative, deux défis doivent être relevés.

Premièrement, il s’agit de faire émerger une représentation politique qui prenne conscience de la nécessité d’un autre modèle de société.  Cet autre modèle, nous le dénommons « écosocialisme » et il a pour essence le fait de ré-imbriquer l’économique dans un projet social et environnemental et non l’inverse, et ce notamment via une démocratie revivifiée et étendue.

Deuxièmement, il s’agit de soutenir et de mettre en lumière les initiatives de lutte pour la justice climatique qui fleurissent un peu partout. Il s’agit par exemple de monnaies locales, de systèmes d’échanges locaux de biens et de service, de filières de circuits courts, d’entreprises d ‘économie sociale, de petites coopératives de production à finalité sociale, d’habitats groupés, etc.  Même si elles ne suffiront pas, c’est de construction d’alternatives concrètes à la base que naîtra une alternative crédible et un travail de conscientisation efficace, ancré dans la réalité.

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