La Belgique est à nouveau secouée par un scandale alimentaire.

Des millions d’oeufs sont contaminés par la substance FIPRONIL, mise au point  dans les années 80 en France, commercialisé depuis 1993, devenue propriété du géant de la chimie BASF. Le FIPRONIL a rapidement démontré sa toxicité pour les animaux à sang chaud, dont l’Homme, et a été interdit pour le traitement antiparasitaire des animaux destinés à l’alimentation.

Dès le début des années 2000, de nombreux agriculteurs et apiculteurs ont alerté sur les ravages qu’il causait sur les insectes pollinisateurs, en particulier les abeilles. Il aura pourtant fallu attendre 20 ans, pour que l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) considère en 2013 qu’il présente « un risque aigu élevé » pour la survie des abeilles quand il est utilisé comme traitement des semences de maïs. Depuis janvier 2014, l’UE a décidé d’instaurer un moratoire partiel, lequel doit être réévalué cet automne. Mais aujourd’hui encore, le FIPRONIL est autorisé dans certains cas comme les traitements contre les fourmis, cafards et termites (autorisation de l’UE courant jusqu’en 2023).

Dans la crise actuelle, ce produit interdit a été utilisé dans de nombreux élevages industriels principalement aux Pays-Bas et en Belgique. Si même toutes les poules sont sujettes à être parasitées par des poux rouges, les conditions d’élevage intensif de poulets en batterie en favorise le développement de par la concentration, le manque d’espace et d’hygiène.

Les œufs produits et leurs dérivés ont été commercialisés dans un réseau international impliquant plusieurs pays européens. Par ailleurs, l’œuf est également un ingrédient de nombreux autres produits alimentaires, ce qui amplifie la diffusion de la contamination.

Durant la phase de découverte et d’enquête de la crise, certaines exploitations se sont vues interdites de commercialiser leurs produits. Un de ces exploitants a fait le choix par seule rationalité économique d’euthanasier des dizaines de milliers de poules pour ne pas devoir les nourrir durant le délai utile à évacuer le contaminant.

En Belgique, l’Agence Fédérale de la Sécurité de la Chaine Alimentaire (AFSCA) créée en 2000 suite à la crise de la dioxine n’a pas agi avec la transparence et la rapidité souhaitable sur ce dossier.

 Nos analyses

Ce scandale n’est pas le premier : il succède entre autre à celui de la vache folle et du poulet à la dioxine.

Il faut noter qu’il est un symptôme supplémentaire d’un système plus global que nous ne manquons pas de dénoncer : une économie néo-libérale qui consiste à concentrer la production de n’importe quel produit pour le profit de quelques-uns, trop souvent au détriment de l’ensemble de la population, jusqu’à aboutir à ce genre de scandale.

Système dans lequel rien ne bouge parce que cela touche à ses fondamentaux : la production intensive basée sur l’utilisation massive de produits chimiques et l’organisation transnationale de l’industrie agro-alimentaire avec multiplication d’intervenants, d’interactions et son immanquable dilution des moyens de contrôle et des responsabilités.

Système dans lequel la logique économique du profit maximum conduit à tuer des animaux plutôt que de perdre des semaines de production, témoignage d’un mépris et non-respect absolu de la vie animale. Si ces animaux avaient été élevés de manière respectueuse et saine, ce genre de problème ne se serait pas posé. Traiter les parasites ou maladies de manière naturelle est possible, et limiter l’apparition de tels parasites par un élevage sain, espacé, l’est tout autant.

Nous ne sommes pas opposés aux échanges commerciaux entre pays qui ne produisent pas la même chose (principe de complémentarité) sur la base des vrais besoins des citoyens, mais bien à un système organisant entre pays la circulation insensée de millions d’œufs.

Le manque de transparence sur ce dossier est symbolique de ce qui se passe trop souvent, et qui est d’autant plus inacceptable quand cela concerne l’alimentation : nos représentants politiques sont incapables de résister au puissant lobbying des multinationales de l’agro-industrie et de la chimie.

Notre légitime souveraineté alimentaire se trouve soumise au commerce international, avec pour seul pare-feu des règlements qui sont contournés. La production de biens alimentaires ne doit pas être soumise aux seules règles du marché. La maitrise de ce qui nous maintient en vie ne doit pas être laissé au libre arbitraire de la libre entreprise.

Il nous paraît absurde que le « bio » soit un label de qualité, réservé à celles et ceux qui en ont les moyens. L’agriculture raisonnée devrait constituer la norme et non la marge. De nombreuses initiatives (notamment coopératives) voient le jour…  pour se heurter à la concurrence d’un modèle destructeur mais néanmoins subventionné.

Si cette agence est un outil essentiel pour contrôler la qualité de notre alimentation, sans doute touché lui aussi par les coupes budgétaires qui se succèdent avec le gouvernement actuel, il est choquant de constater la négligence, voir la complaisance dont l’AFSCA a fait preuve dans ce dossier alors qu’elle se montre dans le même temps des plus pointilleuses avec certains petits producteurs (cfr. fromage de Herve, tarte au riz au lait cru,…).

 

Nos propositions :

– Interdire purement et simplement la fabrication du FIPRONIL ainsi que d’une large gamme d’insecticides (singulièrement les néonicotinoïdes et apparentés) dont les études, les unes après les autres, démontrent la nocivité pour l’Homme et les risques qu’ils font peser sur la biodiversité.

– Interdire l’importation des aliments (oeufs, viande, produits dérivés) utilisant le FIPRONIL et provenant de pays dans lesquels cette substance est autorisée. C’est notamment le cas des Etats-Unis, ce qui une fois de plus démontre la dangerosité de traités de libre-échange comme le CETA où le TTIP qui nous imposeraient d’accepter ces produits.

– Relocaliser les productions agricoles et favoriser les circuits courts. Préférer un modèle intégré d’exploitations et commerces de moindres tailles et limitant voire supprimant les intrants chimiques.

– Aller vers un modèle agricole et agro-alimentaire respectant la vie animale en repensant et réglementant les pratiques d’élevage et d’abattage.

– Réorienter massivement les aides publiques vers l’agriculture raisonnée et dans le cas présent conditionner toute aide à un plan de sortie de l’élevage intensif et de reconversion vers un élevage respectueux des écosystèmes et des consommateurs.

– Lutter , notamment via l’outil fiscal, contre le pouvoir et le rôle néfaste de la grande distribution qui pousse les prix au plus bas (étranglant financièrement les agriculteurs) et conduit à des logiques intensives et à des pratiques dangereuses.

– Limiter les centres commerciaux (qui déjà trop nombreux en arrive à se porter préjudice entre eux), revaloriser et soutenir les commerces de diverses tailles mais favorisant les circuits courts.

– Imposer une refonte en profondeur de l’AFSCA visant à plus de transparence, plus d’implication des citoyens, des règles permettant de préserver la qualité de notre alimentation mais ne pénalisant pas les petites productions artisanales au profit des grosses structures de l’agro-business. L’AFSCA elle est le résultat d’une décision politique et seule une autre orientation politique peut la changer.

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