Une opinion de Jacques Weber

Oui, on peut comprendre

La difficulté de vivre, son coût comparé aux revenus, d’autant pour ceux qui sont coincés, chacun dans son jus et ses fins de mois, et qui essayent de se dépêtrer tant bien que mal.
La goutte en trop, la colère peut-être légitime ou celle d’un désespoir.
Et les réseaux sociaux ont relayé une envie de se faire entendre, de dire un ras-le-bol.
D’aucuns ont répondu, se sont mobilisés, ont expérimenté l’action et une forme de fraternité. Parfois une première mobilisation ou rébellion dans un océan de servitude et de
mauvais coups. Des débordements, des récupérations ou hypocrisies, de l’amertume.
Pour beaucoup, l’expérience est nouvelle. Une spontanéité sans les valises d’un savoir, savoir causer comme un tribun, savoir argumenter sur les dessous de l’affaire.
Les penseurs s’y donneront à cœur joie, y verront des raisons que les mobilisés n’avaient pas imaginées, un mouvement voire une classe sociale, une nouvelle forme de citoyenneté, dépassant la seule revendication : la taxe estimée en trop.
Et tant qu’à présent le constat s’arrête là.

Les questions restent.

Celle du collectif, autre qu’une simple réunion d’individualités. Une addition de colères ne forme pas un nous. La chaleur d’un même feu ne fusionne déjà plus au petit matin et les
impératifs ramènent au bercail, chacun dans ses différences et son turbin.
Celle du fond, d’une remise à égalité de la taxation des carburants, d’une mobilité imposée, de son impact sur la vie de chacun, de tous et de la planète. D’une mobilité où l’on se perd à courir au point de ne plus savoir bouger. Et de la mobilité de nos consommations.
Celle du financement des infrastructures et services collectifs, du partage de la richesse produite, des assurances collectives contre les aléas de la vie, bref des cotisations et
taxations, de leurs utilités et usages, de leurs effets incitatifs ou pas.
Celle du travail, de sa rémunération, de la mise en concurrence des individus et travailleurs, de leur appauvrissement, du capital, de la spéculation et d’une économie fictive.
Celle d’un modèle qui impose de consommer et vend suivant une théorie d’offre et demande plutôt qu’à un coût réel, de qualités des produits dont l’alimentation, d’épuisement des ressources, de santé et de tant d’autres choses.
Celle d’un système, pareil à un serpent qui se bouffe la queue, qui nous mène au plus vite mais droit dans le mur, avec ses dégâts collatéraux et ses laissés pour comptes.

Celle de la colère, mauvaise conseillère, qui n’ouvre ni les visions ni les analyses, qui n’imagine que la radicalité primaire pour solution, et qui risque de déboucher sur l’exutoire,
voire sur le sacrifice de victimes souvent plus faibles que soi.
Celle de l’individu, de ses différences, d’un équilibre entre le moi-je et le nous, du groupe et de la place de chacun, de respect et de justice, d’une citoyenneté ne se résumant pas à une inscription au registre de la population, des choix d’un avenir de groupe et de chacun, en d’autres mots de choix politiques.

Transformer l’essai

Certes le monde politique semble dévoyé par une caste, drapée de savantes évidences, engluée dans des éternelles recettes où le commun des mortels ne comprend plus rien, ne
peut choisir qu’entre peste et choléra sans entrevoir un bout de tunnel, en s’indignant, et d’autant plus quant au hold-up et aux abus de pouvoirs.
Mais l’expression d’une colère, si même légitime, n’est pas un programme politique.
Réclamer les conditions de son esclavage n’est pas une vision d’un avenir meilleur. S’en prendre à l’arbre qui cache la forêt ne va pas déboucher l’horizon.
Le système est à réinventer, pour tous et chacun, par tous et chacun.
Enfiler un gilet n’y suffira pas. Raconter n’importe quoi sous le coup de la colère non plus.
Rêver en regardant monter la flamme légère … comme on peut le faire en brûlant des palettes devant l’usine, pas plus. Il ne suffira pas de dire une fois je suis là, regarde-moi, en colère, et se défouler à coup de tout ou n’importe quoi.
Il conviendra de s’investir, de s’intéresser à la chose collective et de prendre le temps d’apprendre un minimum en diversifiant ses sources d’informations, de réfléchir, de découvrir d’autres choses que des vérités vraies et souvent simplistes, d’en parler et d’ainsi enrichir ses idées, envies et projets. Viser une autre maturité, pour soi et pour le bien de tous. Ne plus miser sa confiance ou quelques sous dans un peut-être les autres.
Apprendre à exercer une citoyenneté, de façon raisonnée et non par dépit, ou de jeter l’éponge pour l’un ou autre motif. Après avoir sauté sur le tremplin, utiliser le rebond.
La politique est trop importante que pour l’abandonner à des professionnels.
La politique est à réinventer, avec vous, pour qu’elle soit citoyenne.

Avec espoir,

Jacques (citoyen).

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