La Wallonie traverse actuellement une crise sociale et politique qui se traduit, entre autres, par un programme d’économies drastiques du gouvernement MR/Les Engagés. Dans ce contexte, les coupes budgétaires touchant AVIQ — l’agence régionale chargée de l’accompagnement, des services de soutien et de l’aide aux personnes en situation de handicap — ont des effets dramatiques sur des vies humaines.

Ces mesures, présentées comme “nécessaires” pour l’équilibre des comptes publics, ont pourtant des conséquences concrètes : suppression ou réduction de services vitaux (répit, job-coaching, accompagnement, aides à domicile…), allongement des délais, surcharge de dossiers pour un nombre réduit d’agents, isolement des bénéficiaires. Ce ne sont pas des “ajustements techniques” ; ce sont des violations réelles du droit à l’inclusion, de l’autonomie, de la dignité.

Le cadre légal ignoré : la CDPH et les obligations de la Belgique

En ratifiant la Convention relative aux Droits des Personnes Handicapées depuis 2009, la Belgique s’est engagée à garantir l’égalité des droits pour les personnes en situation de handicap — non comme des bénéficiaires de charité, mais comme des citoyens·nes à part entière.
La Convention prévoit un large spectre de droits : accès à l’éducation, au travail, à la santé, à la vie en société, à un logement accessible, à la mobilité, à la participation sociale, politique, culturelle, sportive…
Lors de la deuxième évaluation de la Belgique (2024), Unia — le centre de l’égalité des chances — a souligné les progrès (création de conseils consultatifs, adoption d’un plan d’action fédéral, insertion constitutionnelle du droit à l’inclusion et aux “aménagements raisonnables”).
Mais il a aussi relevé de nombreux manquements persistants : obstacles structurels à l’inclusion, files d’attente, absence ou insuffisance de services, discrimination, inaccessibilité, manques d’aménagements, manque de moyens concrets, etc.
En d’autres termes : la “ratification” existe — mais l’application concrète des droits reconnus par la CDPH est largement insuffisante en Wallonie.

Domaines clés impactés — éducation, emploi, vie quotidienne, accès à la
société

Éducation & formation

La Convention garantit le droit à une éducation inclusive.

Mais sans moyens suffisants — accompagnants, adaptations, soutien — ce droit n’est pas réel. Or, des politiques d’économies peuvent fragiliser les allocations nécessaires pour l’enseignement inclusif, l’accompagnement personnalisé, les adaptations pédagogiques, ou des services de soutien pour des enfants/adultes en situation de handicap. Ces reculs compromettent l’égalité des chances dès le départ.

Emploi et insertion professionnelle

L’accompagnement à l’emploi — job-coaching, aménagements de poste, soutien à l’insertion — est un levier essentiel d’autonomie. La CDPH l’encourage.

Mais si l’AVIQ voit ses moyens rognés, le service d’accompagnement devient inefficace, les files d’attente s’allongent, des personnes restent sur le carreau. Le discours d’“inclusion par l’emploi” devient une façade, sans moyens réels.

Accessibilité, mobilité, vie sociale, culture, sport

La Convention prévoit l’accessibilité des bâtiments, des transports, des services publics, de la culture, de la vie sociale.

Pourtant, l’accessibilité reste un chantier inachevé : adaptation insuffisante des infrastructures, des transports, des lieux publics et culturels. Le manque de subsides pour l’accessibilité des événements (festivals, culture, sport) — quand des économies sont décidées — creuse l’isolement des personnes en situation dehand icap, qui se voient refuser un droit fondamental à la participation citoyenne, culturelle et sociale.

Vie quotidienne, soutien, services de répit, accompagnement

De nombreux services (aide à domicile, soins, répit, accompagnement, soutien) sont essentiels pour garantir l’autonomie et la dignité. Leur réduction — ou suppression — fragilise gravement les personnes concernées. Dans un contexte d’économies, ce sont ces services qui sautent en premier. Résultat : délais d’attente, surcharge des agents, rationnement des aides… ce qui constitue un recul flagrant par rapport aux
obligations de la CDPH.

Le validisme institutionnel — quand les politiques d’austérité légitiment
l’exclusion

On peut nommer cela « validisme institutionnel » : un système dans lequel les personnes “valides” — ou perçues comme telles — définissent ce qui est “normal” ou “rentable”, et décident des priorités budgétaires, souvent au détriment de celles “jugées moins productives”, “coûteuses”, “exigeantes”.

Les coupes dans les services publics spécialisés, les retards, l’accès restreint,l’absence d’aménagements raisonnables, les délais d’attente — tout cela institutionnalise une forme de discrimination, indirecte, mais systémique. Au nom d’un “équilibre budgétaire”, on sacrifie l’égalité des droits et l’inclusion réelle.
Alors que la CDPH impose aux États parties de supprimer les obstacles, de garantir l’égalité, la pleine participation et la non-discrimination, l’austérité wallonne applique le contraire.

Alternatives & revendications — pour une politique vraiment inclusive et
respectueuse des droits

En s’appuyant sur les constats du dernier rapport 2024 du Comité ONU et Unia,voici  pistes d’actions et revendications que le Mouvement Demain pourrait porter.

1. Revalorisation des moyens de l’AVIQ

  • Garantir un financement suffisant pour que l’AVIQ puisse assurer ses missions : accompagnement, aides à domicile, job-coaching, répit, suivi, aménagements.
  • Embauche d’agents supplémentaires pour réduire les délais, alléger les dossiers, permettre un accompagnement personnalisé et humain.

2. Mise en œuvre concrète des droits issus de la CDPH

  • Appliquer systématiquement les “aménagements raisonnables” — dans l’éducation, l’emploi, la culture, la santé, la mobilité.
  • Mettre en place un véritable “handistreaming” : penser les politiques publiques à partir des besoins des personnes handicapées, non comme un add-on ou un budget annexe.

3. Accessibilité universelle — bâtiments, transports, services, culture, sport

  • Lancer un plan wallon d’accessibilité — financé, ambitieux — pour adapter les infrastructures publiques, les transports, les lieux culturels et sportifs.
  • Maintenir, voire renforcer les subsides pour rendre les événements, la culture et le sport accessibles.

4. Insertion professionnelle et accompagnement vers l’emploi

  • Développer des dispositifs de job-coaching, d’aménagement de poste, de formation adaptée, avec des moyens suffisants.
  • Imposer des quotas d’emploi handicap dans le secteur public — sérieux et contrôlés —, avec des moyens pour soutenir l’intégration, pas simplement des objectifs symboliques.

5. Participation, inclusion sociale, égalité des droits

  • Garantir que les personnes en situation de handicap participent aux décisions les concernant — “rien sur nous sans nous”. Cela passe par des conseils consultatifs, des représentations, des mécanismes de
    consultation. (La CDPH le prévoit.) socialsecurity.belgium.be+1
  • Mettre en place des politiques de lutte contre la discrimination, sensibilisation, accompagnement juridique — avec des structures comme Unia bien soutenues.

6. Suivi indépendant et transparence

  • Soutenir le rôle de Unia comme mécanisme indépendant de suivi de la Convention.
  • Publier des rapports réguliers, accessibles, transparents, avec des indicateurs concrets : délais de prise en charge, nombre d’agents, qualité des services, taux de satisfaction, obstacles relevés, etc.
  • Permettre à des organisations de la société civile — associations, collectifs — de contribuer à l’évaluation et au rapport à l’ONU (“rapport alternatif”). C’est une obligation de la Convention.

Pourquoi ces alternatives sont essentielles — et politiques

Ces mesures ne sont pas des “dépenses” en trop ; elles constituent un investissement dans la dignité, l’égalité, la justice sociale. Elles permettent que chaque personne — quelle que soit sa situation — puisse vivre avec autonomie, participer à la société, accéder à l’éducation, au travail, à la culture, à la santé.
Poindre du doigt les coupes et les reculs, ce n’est pas un plaidoyer charitable : c’est un rappel du cadre légal — international et national — que la Belgique s’est engagée à respecter avec la CDPH, et des moyens nécessaires pour rendre ces droits effectifs.
Pour une société démocratique, égalitaire, inclusive — ce n’est pas un luxe, c’est une urgence.

Conclusion

Le bilan actuel en Wallonie est alarmant : sous couvert de rigueur budgétaire, ce sont les droits fondamentaux des personnes en situation de handicap qui sont sacrifiés — autonomie, dignité, inclusion, participation. Le “validisme institutionnel” s’insinue dans les choix politiques, invisibilise les plus fragiles, légitime l’exclusion.
Pour éviter cela, il est urgent que le Mouvement Demain — et toutes les forces progressistes, citoyennes, solidaires — porte la voix de celles et ceux qu’on exclut.
Que la CDPH ne soit pas qu’un texte ratifié, mais une réalité vivante : services de qualité, accessibilité, aménagements, inclusion, solidarité, justice.
Les alternatives existent. Il reste à les mettre en œuvre — maintenant.

Mohamed EL HENDOUZ

Liens utiles :

  • Convention relative aux Droits des Personnes Handicapées : Lien
  • Rapport parallèle d’Unia : Lien
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