Les derniers rebondissements quant à l’avenir de deux filiales indirectes de l’intercommunale Enodia (ex-Publifin) attirent de nouveau l’attention sur Stéphane Moreau. On pense en particulier à la revente de Win à la société Ardentia Tech. Cette société créée sur mesure pour ce rachat, est la propriété d’un administrateur de Nethys, François Fornieri, et Stéphane Moreau en est administrateur et responsable de la gestion journalière, ce qui laisse entrevoir un évident conflit d’intérêt, et une spoliation de biens publics à des fins privées. Il nous semble que le vrai scandale dépasse toutefois ce personnage.

Que Moreau continue son bonhomme de chemin pour s’enrichir via diverses sociétés est banal. Ce qui l’est moins, c’est qu’il puisse le faire au nez et à la barbe des administrateurs d’Enodia qui ne comprennent décidément rien à la pièce dans laquelle ils jouent, ou pire encore comprennent et laissent faire. A en croire les déclarations de leur présidente, la socialiste Muriel Targnion (une très proche de Stéphane Moreau), ils ont en tout cas donné tout pouvoir à ce dernier pour faire ce qui lui plaisait des filiales de Nethys pourvu qu’il le fasse avant le 24 mai dernier. On croit rêver.

On pourrait estimer que Voo et ses filiales (comme BeTV ou Win), jouant sur un marché concurrentiel, n’ont rien à faire au sein de structures publiques. Ce serait a minima ignorer que tant Voo que Win exercent plusieurs métiers, dont celui de fournir une infrastructure publique de réseau de données. Il aurait dû depuis longtemps sauter aux yeux des représentants des communes et de la province que ce secteur d’activité-là devait être détaché des activités concurrentielles de Nethys et repris directement sous le contrôle d’Enodia, à l’instar de ce qui a été fait avec Resa dans le domaine de l’énergie.

On ajoutera que, de ce que l’on sait du deal entre Nethys et Providence (un fonds d’investissement américain et non un acteur industriel) concernant Voo, Providence n’achètera que 50% + une part de Voo, lui donnant tous les pouvoirs tout en laissant subsister 49% du risque à la charge de l’intercommunale qui n’aura plus de pouvoir réel dans la nouvelle situation. Faute de comprendre ce qu’ils étaient censés administrer au sein d’Enodia, des mandataires incompétents et irresponsables semblent de nouveau s’être laissé berner par Moreau.

Comme lors de la privatisation de la sidérurgie liégeoise, les partisans de cette vente tentent de faire croire que l’emploi sera protégé. On sait ce que valent de telles promesses, plus encore pour un fonds d’investissement qui répond à une logique purement financière. Si cette vente est confirmée, l’emploi local sera menacé, la qualité et le coût des services aux clients également.

Pour le Mouvement Demain, il faut désormais que Brutélé (supposé être revendu à Enodia avant la privatisation de l’ensemble) bloque le deal et que le Parlement wallon, ainsi que les propriétaires que sont les communes et la Province, reprennent la main en imposant à l’intercommunale Enodia de retrouver le sens de sa mission de sauvegarde et d’entretien de services publics.

Mille jours exactement après le début du scandale Publifin, le renvoi de Stéphane Moreau et de ses “hommes” au sein de Nethys est évidemment une urgence absolue. Mais il ne doit pas être l’arbre qui cache la forêt. S’il est encore en place aujourd’hui, c’est bien parce qu’il a reçu le soutien plus ou moins avoué de nombreux cadors politiques (singulièrement au PS et au MR). C’est pourquoi il convient également de faire la lumière sur ces soutiens.

Le Mouvement Demain appelle les députés wallons sincèrement démocrates du PS, du PTB et d’Ecolo à se saisir de ce dossier. Il faut une commission d’enquête parlementaire sur la galaxie Moreau (et sur ses soutiens), et il faut que la Justice aussi puisse faire la lumière sur cette affaire.

Modestement, via notre élu communal liégeois et tout le groupe d’opposition Vert Ardent et ses 8 élus, nous tenterons que la Ville de Liège, deuxième actionnaire d’Enodia, fasse enfin valoir ses droits dans une logique de défense du service public, et que la lumière puisse être faite sur le rôle de plusieurs des élus liégeois PS et MR actifs sur ce dossier. Il en est d’éminents.

(Communiqué du 16 septembre 2019)

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