La chaleur s’installe, écrasante. Les thermomètres s’affolent. En Belgique, des records tombent déjà, avec plus de 34.2 °C mesurés à Uccle ce 25 juin, et des températures frôlant parfois les 40 °C ailleurs en Belgique. Dans les villes, l’air devient irrespirable. Dans les logements mal isolés, la chaleur s’accumule. Dans les rues, les services d’urgence s’organisent. 

Mais il faut le dire clairement : rien de tout cela n’est une surprise. Depuis des décennies, les scientifiques alertent. Ils ont décrit ces vagues de chaleur, annoncé leur intensification, anticipé leur fréquence. Aujourd’hui, leurs prédictions se réalisent. En Europe, les épisodes récents présentent des anomalies thermiques de +10 à +15 °C par rapport aux normales saisonnières. Ce que nous vivons n’est pas une parenthèse météorologique : c’est une nouvelle ère climatique. Et face à cela, les gouvernements belges continuent de tergiverser.

Une crise fabriquée

Dire que cette canicule est “naturelle” est un mensonge. Elle est le produit direct du réchauffement climatique, lui-même causé par des décennies d’exploitation massive des énergies fossiles. Le système économique actuel — fondé sur la croissance illimitée, la consommation et l’extraction — a profondément dérégulé le climat. Ce constat est désormais partagé par la communauté scientifique : les événements extrêmes que nous subissons sont amplifiés par les émissions humaines de gaz à effet de serre. Ce qui se joue aujourd’hui, ce n’est donc pas un accident.  C’est l’aboutissement logique d’un modèle.

Une inaction organisée

Face à cette réalité, les réponses politiques belges apparaissent dramatiquement insuffisantes.

Triste réalité de notre pays, nous comptons tout d’abord une série de ministres climatosceptiques. Ces derniers jours le Ministre de la Défense NVA Théo Francken s’est notamment illustré par des déclarations niant la réalité et la gravité du dérèglement climatique; par le passé il avait également nié son origine anthropique. Le MR David Clarinval, vice-Premier ministre et ministre fédéral de l’Emploi, de l’Économie et de l’Agriculture, incarne également une ligne politique qui privilégie la compétitivité économique, niant l’urgence climatique et prenant position en faveur d’une « pause » des mesures climatiques. Et même parmi les responsables publics reconnaissant  la gravité de la situation, les mesures prônées  restent fragmentaires, tardives, souvent symboliques. 

Ajoutons que la Belgique souffre d’un éclatement des compétences entre niveaux de pouvoir, rendant toute stratégie cohérente difficile. Les tentatives de coordination interfédérale se heurtent régulièrement à des blocages politiques. Résultat : l’action est lente, dispersée, inefficace.

Les plans climat eux-mêmes sont insuffisants, y compris au regard des engagements européens. Dans des secteurs clés comme les transports, la rénovation énergétique ou la fiscalité, les progrès sont trop limités pour inverser la tendance. 

Même dans l’urgence, la gestion reste réactive. Alertes chaleur, distribution d’eau, recommandations sanitaires : autant de mesures individuelles nécessaires, mais qui ne s’attaquent pas aux causes du problème. On éteint les incendies sans jamais retirer le carburant.

Une violence sociale

La canicule ne frappe pas tout le monde de la même manière. Et c’est là l’un des aspects les plus révoltants de cette crise.

Ce sont les travailleurs exposés — dans le bâtiment, les transports, les soins — qui paient le prix le plus lourd. Leur corps devient un outil soumis à des conditions extrêmes. Le stress thermique réduit les capacités cognitives, augmente les accidents et accroît la mortalité.

Ce sont les personnes précaires qui subissent le plus la chaleur, confinées dans des logements mal isolés, en rue parfois, sans accès à des solutions de rafraîchissement . Ce sont les personnes âgées, souvent isolées, qui sont les premières victimes.

Pendant ce temps, une partie de la population peut se protéger : bureaux climatisés, télétravail, logements adaptés. La canicule révèle ainsi une réalité brutale : la crise climatique est indissociable des inégalités sociales. Elle agit comme un révélateur, amplifiant les fractures déjà existantes.

Un système qui protège les profits, pas les vies

Pourquoi cette incapacité à agir à la hauteur de l’urgence ?

Parce que s’attaquer réellement au réchauffement climatique suppose de remettre en cause des intérêts économiques majeurs. Réduire drastiquement les émissions implique de transformer en profondeur les systèmes de production, de transport, d’énergie. Cela suppose d’abandonner les énergies fossiles, de limiter certaines activités polluantes, de réorienter massivement l’investissement. Or, ces décisions entrent en contradiction avec la logique dominante : celle de la rentabilité, de la croissance et de la concurrence.

C’est pourquoi les gouvernements privilégient des solutions compatibles avec le statu quo : incitations marginales, ajustements progressifs, innovations technologiques supposées résoudre le problème sans changer le système.

Mais cette stratégie atteint ses limites. La physique du climat, elle, ne négocie pas.

Vers une montée des catastrophes

Les conséquences de cette inaction sont déjà visibles et documentées. En Belgique comme ailleurs, les risques sont multiples : augmentation des décès liés aux vagues de chaleur, perturbations économiques, pressions sur les infrastructures et les systèmes de santé. Les événements extrêmes — canicules, inondations, sécheresses — deviennent plus fréquents et plus intenses. 

Ce n’est plus une hypothèse. C’est une trajectoire. Et sans changement radical, cette trajectoire ne fera que s’aggraver.

Changer de cap

Face à cette situation, continuer comme aujourd’hui n’est pas une option. La réponse ne peut pas se limiter à une adaptation minimale, à un appel à la responsabilité individuelle, ou à une gestion de crise permanente. Elle doit être à la hauteur de l’enjeu. Cela implique de repenser en profondeur nos priorités collectives.

Une approche écosocialiste propose de faire de la justice sociale et écologique le cœur de l’action publique :

  • planifier la sortie rapide des énergies fossiles
  • protéger les travailleurs face aux conditions climatiques extrêmes
  • investir massivement dans la rénovation des logements
  • renforcer les services publics
  • réduire les inégalités face aux risques environnementaux
  • reprendre le contrôle démocratique sur les secteurs clés

Autrement dit : mettre l’économie au service du vivant, et non l’inverse.

Une responsabilité collective

La canicule actuelle est un signal d’alarme. Un signal parmi d’autres, de plus en plus fréquents, de plus en plus violents. Elle nous rappelle une vérité simple :  ce que nous vivons aujourd’hui est le résultat de décisions politiques prises, ou non prises, hier. Et ce que nous vivrons demain dépend des décisions que nous prenons aujourd’hui.

Continuer à tergiverser, c’est accepter que ces épisodes deviennent la norme. C’est accepter que les inégalités se creusent.  C’est accepter que les plus vulnérables paient le prix fort.

À l’inverse, agir, c’est reconnaître que la crise climatique est une crise systémique — et qu’elle appelle une réponse systémique.

 

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