Notre pays, comme de nombreux autres, est, depuis plusieurs jours maintenant, au coeur d’une crise sanitaire de très grande ampleur. Après avoir tergiversé plusieurs semaines, le gouvernement fédéral a annoncé fin de semaine dernière une série de mesures fortes avec le soutien des entités fédérées. Notre formation éco-socialiste souhaite porter un regard politique sur ce qui se déroule.

Éviter un repli identitaire cynique

Plusieurs formations xénophobes se sont emparé de cette crise sanitaire pour l’instrumentaliser. Leur discours est que la solution consiste à fermer les frontières aux êtres humains fuyant la misère et les guerres. De plus, nous déplorons plusieurs actes à caractère raciste contre nos concitoyens d’origine asiatique, faisant suite aux discours de haine et à la peur grandissante au sein de la population face à la pandémie. Il est évident que la multiplication des voyages longue distance (et notamment par avion) a participé à la dissémination du virus. Mais à la vérité, ce type de transport concerne très peu les migrants que ciblent les partis racistes mais quasi essentiellement les classes supérieures (si ce n’est via l’explosion du low-cost en Europe qui concerne également les classes moyennes).

Un symptôme de l’extractivisme

Par contre, comme le virus Ebola avant lui, ce virus est intimement lié à l’emprise croissante de l’homme sur la biosphère. Par notre invasion continue du milieu de vie naturel de nombreux animaux sauvages, nous créons de nouvelles promiscuités entre humains et animaux sauvages, promiscuités qui ont pour conséquence que des maladies se transmettent plus facilement d’une espèce à l’autre. La crise du coronavirus est donc l’occasion de rappeler l’absolue nécessité de mettre fin aux logiques de colonisation et de destruction des poumons verts de la planète, de stopper l’extractivisme, l’exploitation insoutenable des forêts, et le prélèvement intensif d’espèces animales sauvages. 

Les conséquences de la mondialisation et du néolibéralisme mises en lumière

Cette pandémie est l’occasion de mettre en lumière certaines conséquences de la mondialisation économique capitaliste. On constate en effet aujourd’hui la grande dépendance de notre économie à des productions qui ont été délocalisées dans des pays à faibles salaires (singulièrement en Asie). Cela concerne également les pièces détachées de nombreuses entreprises européennes qui se sont transformées en “simples” bureaux de conception et/ou chaînes de montage d’éléments produits en Asie. La nécessité de relocaliser de nombreuses productions est plus que jamais évidente. Au-delà des raisons écologiques (éviter la pollution liée au transport) et sociales (cesser de casser le marché de l’emploi en mettant en concurrence les travailleurs à l’échelle planétaire) s’ajoutent désormais des raisons de sécurité nationale évidentes.

Elle est aussi l’occasion de mettre en lumière les conséquences de politiques d’austérité qui ont affaibli, notamment, notre secteur des soins de santé.  L’ampleur de la crise en Italie n’est, par exemple, pas étrangère au dépeçage systématique du secteur des hôpitaux publics depuis l’ère Berlusconi. En France ou chez nous, la situation est un peu moins catastrophique mais l’on perçoit bien les conséquences des mesures en cours. C’est le cas des économies drastiques réalisées, et celles encore réclamées, par Maggie De Block et le gouvernement MR – N-VA ces dernières années. Nous rappelons également que cette situation n’est pas que le fait de gouvernements nationaux de droite. Les traités européens, les différentes équipes à la tête de la Commission européenne n’ont jamais cessé d’imposer leurs règles budgétaires strictes, néolibérales et absurdes du point de vue de l’efficacité des services publics.

Elle est enfin l’occasion de voir la conséquence d’une économie largement dominée par les seules règles du profit et du court-terme. Dans le secteur pharmaceutique, largement sorti des mains du public, on doit ainsi constater que la recherche s’est concentrée ces dernières années uniquement sur les maladies les plus rentables, sans lien avec les motivations de santé publique qui devraient pourtant prévaloir. Reprendre la main sur ce secteur semble plus urgent que jamais.

Des réponses qui témoignent d’une obsession économique

Si le gouvernement a, enfin, pris des mesures de confinement fortes, nous devons également constater que ces mesures font largement porter le poids de la responsabilité sur la mobilisation individuelle des travailleurs et sur celle du secteur public. Sans parler du poids pour les familles et particulièrement pour les femmes que cela représente. Aucune mesure pour fermer les activités productives (PME et grandes entreprises) non essentielles n’a été prise. Au contraire, afin d’assurer le fonctionnement de la production, on doit même déplorer le maintien en service des transports en commun qui constituent pourtant un vecteur majeur de promiscuité et donc de transmission de la maladie. Il en va de même pour la décision absurde de maintenir les crèches en activité.

Jusqu’à la dernière extrémité, les autorités ont retardé et continuent de retarder pour certaines, les mesures qui auront un impact sur l’économie. Le dogme de la croissance, l’obsession de la production, tuent au sens le plus trivial qui soit.

L’urgence de changer de cap

À la crise sanitaire succédera une crise économique majeure. L’effondrement des marchés financiers en témoigne d’ores et déjà. En conséquence, les politiques austéritaires risquent très rapidement de refaire leur apparition. Il faudra refuser par tous les moyens de s’enfermer à nouveau, avec des conséquences sociales et écologiques majeures, dans un modèle économique qui montre chaque jour davantage son absolue faillite.

Au contraire, cette crise doit être l’occasion de changer radicalement de cap, de réimbriquer l’économie dans un projet de société qui fait sens. Elle doit être l’occasion d’imposer des règles de protectionnisme social et solidaire. Elle doit être l’occasion de ralentir la machine productive et de la recentrer sur les activités socialement utiles et écologiquement soutenables. Elle doit être l’occasion de questionner la mondialisation économique et de promouvoir une plus grande souveraineté alimentaire mais également économique au sens plus large, y compris dans les secteurs plus technologiques et dans l’industrie lourde. Nous devons enclencher une politique de relocalisation économique résolue.

Le Mouvement Demain adresse tout son soutien au personnel des différents secteurs mobilisés (les soins de santé, les forces de sécurité, nos administrations, etc) et des secteurs impactés (artistes, indépendants, etc). Nous appuyons les luttes des travailleurs visant à la fermeture des entreprises non-essentielles et/ou à la fourniture de vêtements et matériel de protection.

 

Communiqué fédéral du 17 mars 2020

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