La guerre en Iran agit aujourd’hui comme un révélateur brutal. En quelques semaines, le prix du pétrole et du gaz s’est envolé, l’inflation énergétique est repartie à la hausse en Europe comme partout ailleurs, et des millions de ménages voient à nouveau leur facture d’électricité, de chauffage et de carburant devenir insoutenable. Le blocage du détroit d’Ormuz, par lequel transite une part importante du pétrole et du gaz mondiaux, rappelle une vérité que les dirigeants européens préfèrent oublier : une économie fondée sur les énergies fossiles est structurellement vulnérable. 

Or, cette crise n’est pas une « fatalité géopolitique » comme nos dirigeants actuels le prétendent. Elle est le produit d’un système économique qui a fait le choix délibéré de dépendre de ressources finies, concentrées dans des régions instables soumises aux logiques de guerre, de spéculation et de profit (quasi exclusivement du fait des puissances occidentales). Après le choc ukrainien, l’Union européenne prétendait avoir « tiré les leçons ». Pourtant, à la première nouvelle guerre majeure au Moyen‑Orient, le même scénario se répète : hausse des prix, appels à la sobriété pour les ménages pris au piège, et protections ciblées au profit principal des grandes entreprises énergivores. La Commission européenne a ainsi annoncé vouloir faciliter la réduction à zéro (ou quasi zéro) des taxes sur l’électricité pour les industries très consommatrices d’énergie.

Une crise sociale avant d’être énergétique

Comme toujours, ce sont les classes populaires qui paient le prix fort. En Belgique, déjà marquée par une forte précarité énergétique, la flambée des prix touche en priorité les locataires mal logés, les ménages dépendant du chauffage au gaz ou au mazout, et celles et ceux qui n’ont pas d’alternative à la voiture. Pendant ce temps, les multinationales de l’énergie et du transport continuent d’engranger des profits massifs, tandis que la spéculation sur les marchés de l’énergie alimente la volatilité des prix. 

Face à cela, les réponses actuelles restent insuffisantes. Les annonces européennes parlent d’« électrification » et de « compétitivité », mais évitent soigneusement de remettre en cause la logique de marché et la privatisation du secteur énergétique. Pourtant, sans changement de cap profond, ces mesures vont une fois de plus protéger avant tout les grands acteurs industriels, laissant très largement les ménages absorber le choc. 

Une alternative écosocialiste : sécurité sociale de l’énergie

Un mouvement écosocialiste comme le Mouvement Demain part d’un principe simple : l’énergie est un bien commun, pas une marchandise. Dans le contexte actuel, plusieurs mesures concrètes devraient dès lors s’imposer immédiatement.

D’abord, un blocage temporaire des prix de l’énergie pour les ménages, combiné à une interdiction stricte des coupures d’électricité et de chauffage. Cette mesure d’urgence doit être financée par une taxation exceptionnelle des superprofits des entreprises pétrolières, gazières et électriques, réalisés précisément grâce à la guerre et à la spéculation.

Ensuite, la mise en place d’une tarification progressive de l’énergie : un volume de base gratuit ou très faiblement taxé, garantissant le droit à l’énergie pour toutes et tous, puis des tarifs plus élevés pour les consommations excessives. Cette logique permet à la fois la justice sociale et la sobriété, sans punir les plus précaires.

Accélérer la sortie des fossiles, pas la retarder

Contrairement au discours alarmiste sur un prétendu « retour du charbon », les faits montrent que les énergies renouvelables ont déjà joué un rôle majeur pour amortir le choc énergétique actuel, en Europe comme ailleurs. Un programme écosocialiste en Belgique amplifierait cette dynamique par un plan massif d’investissements publics dans le solaire, l’éolien et les réseaux, hors logique de rentabilité à court terme. Nous manquons également d’un plan public concernant la production de bio-gaz local alors que le potentiel de bio-méthanisation dans notre pays est très important. 

Cela implique également une reprise en main publique (la propriété mais également les pratiques) du secteur énergétique, au moins au niveau du réseau, de la production stratégique et de la planification. L’objectif n’est pas seulement de produire « plus vert », mais de produire moins et mieux, en réduisant les usages inutiles et polluants (publicité lumineuse, surconsommation industrielle, logistique absurde du commerce en ligne).

Sortir par le haut de la crise

La guerre en Iran nous rappelle que rester dépendants des énergies fossiles, c’est accepter de vivre au rythme des conflits armés, des chocs inflationnistes et des injustices sociales. Une réponse écosocialiste refuse ce chantage permanent. Elle part des besoins réels de la population, protège les plus vulnérables et engage une rupture claire avec le capitalisme productiviste basé sur l’extractivisme fossile.

Ce choix n’est pas seulement écologique ou social : il est profondément démocratique. Parce qu’une société où l’accès à l’énergie dépend des marchés et des guerres est une société condamnée à la crise permanente.

Analyse collective

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