La possibilité d’installer une centrale nucléaire à Chertal a été étudiée par le bureau d’ingénierie Tractebel, à la demande d’Elia, le gestionnaire du réseau de transport d’électricité en Belgique.
L’étude porte principalement sur une grande centrale nucléaire de puissance supérieure à 1000 MW, avec au moins deux réacteurs (construction par paire) comparable aux grandes centrales actuelles.
Elle mentionne aussi, à titre exploratoire, la possibilité de petits réacteurs modulaires (SMR), mais Chertal est surtout identifié pour une installation de grande taille.
Il s’agit d’une étude de faisabilité technique, pas d’une décision politique, et aucune implantation n’a été actée à ce stade. Il nous semble toutefois important de préciser pourquoi nous nous opposons à ce projet.
- Une proximité problématique avec une grande zone urbaine
Le site de Chertal se situe à moins de 8 km à vol d’oiseau du centre de Liège, au cœur d’une agglomération dense couvrant Liège, Herstal et Oupeye.
Chertal n’est pas un site isolé mais intégré à un bassin de vie comptant plusieurs centaines de milliers d’habitants. Cette proximité pose :
- des questions majeures de sécurité civile (évacuation, gestion de crise),
- un risque accru pour les populations en cas d’incident,
- et un problème d’acceptabilité sociale reconnu, y compris par les études qui identifient le site comme « techniquement » adapté.
- Une reconversion industrielle détournée de son objectif initial
Le site de Chertal a été racheté par la Région wallonne en 2024 avec pour objectif affiché une reconversion industrielle et économique après des décennies de sidérurgie lourde.
Des moyens publics importants ont été engagés pour :
- le démantèlement des installations,
- la dépollution,
- et la préparation d’un parc d’activités industrielles diversifiées.
Installer une centrale nucléaire sur une part significative du site reviendrait à :
- confisquer durablement des terres à haute valeur économique,
- réduire les possibilités de projets industriels créateurs d’emplois variés,
- figer le territoire dans une mono‑affectation lourde pour plusieurs générations.
- Un choix irréversible à très long terme
Une centrale nucléaire n’est pas un projet « réversible » :
- sa durée de vie se compte en dizaines d’années,
- son démantèlement et la gestion des déchets s’étendent sur plusieurs générations et n’ont encore trouvé aucune solution nulle part sur Terre.
Ce type d’infrastructure :
- verrouillerait l’usage du site pour le siècle à venir,
- limiterait fortement les adaptations futures liées aux transitions énergétique, industrielle ou territoriale.
À Chertal, cela entre en contradiction avec la logique de souplesse et de résilience territoriale défendue dans les stratégies de reconversion post‑industrielle.
- Un déficit démocratique et de concertation locale
Les bourgmestres concernés (Oupeye, Herstal) ont publiquement indiqué :
- ne pas avoir été consultés en amont,
- s’opposer clairement à l’implantation d’une grande centrale nucléaire sur leur territoire.
Des responsables locaux parlent explicitement du risque de voir Chertal devenir un « Tihange bis », sans débat public préalable. Cette absence de concertation soulève :
- un problème démocratique,
- un risque de conflit durable avec les populations locales,
- et une fragilisation de tout projet futur sur le site.
- Des enjeux de sécurité et de gestion de crise accrus
Sans extrapoler, il est établi que :
- les plans d’urgence nucléaire deviennent nettement plus complexes en zone densément peuplée,
- les contraintes sur les infrastructures de transport et d’évacuation sont plus fortes,
- le risque d’exposition indirecte (eau, air, sols) concerne un nombre bien plus élevé de citoyens.
Ces éléments sont régulièrement mis en avant dans les débats belges sur le nucléaire, en lien avec l’expérience de Tihange.
- Un symbole politique en contradiction avec une transition juste
Chertal est aujourd’hui un symbole de la désindustrialisation mais aussi de la reconstruction possible du bassin liégeois.
Y implanter une centrale nucléaire constituerait :
- un retour à une logique de risques concentrés sur les mêmes territoires,
- une décision prise « d’en haut »,
- au détriment d’une diversification économique et énergétique.
Même certains acteurs favorables à l’énergie nucléaire expriment une réserve claire sur une grande centrale à Chertal, évoquant au mieux des alternatives de moindre ampleur.
- Une opposition de fond au nucléaire « classique » et un choix de société en faveur des énergies renouvelables
Au‑delà des spécificités propres au site de Chertal, la perspective d’y installer une centrale nucléaire de type classique soulève une opposition de fond, largement partagée au sein de la population.
Le nucléaire dit « classique », fondé sur de grands réacteurs centralisés repose sur une technologie lourde, coûteuse et longue à déployer, produit des déchets radioactifs sans solution pleinement satisfaisante à long terme, concentre les risques techniques, environnementaux et sécuritaires, et mobilise des ressources financières considérables qui ne sont plus disponibles pour d’autres solutions.
À l’inverse, l’avenir énergétique se dessine clairement du côté des énergies renouvelables, combinées à des réseaux plus intelligents, des solutions de stockage, une réduction structurelle de la demande par l’efficacité énergétique, et une production décentralisée, mieux répartie sur le territoire.
Les énergies renouvelables offrent une rapidité de déploiement supérieure, une réduction des risques majeurs, et une plus grande cohérence avec les objectifs climatiques et de transition juste.
Choisir aujourd’hui une grande centrale nucléaire à Chertal, c’est :
- parier sur une technologie du passé pour les décennies à venir,
- verrouiller les choix énergétiques d’un territoire au lieu de laisser place à l’innovation,
- et détourner l’attention et les investissements des solutions renouvelables.
Refuser une centrale nucléaire à Chertal, ce n’est donc pas seulement refuser un projet local mal situé, c’est affirmer un choix de société, en faveur d’un modèle énergétique plus sûr, plus souple, plus résilient, et réellement tourné vers l’avenir.
En résumé
La question de la sortie de notre dépendance aux énergies fossiles est importante. Mais le nucléaire « classique » ne fait pas partie de la solution. En outre, le site de Chertal cumule trop de contraintes – densité urbaine, enjeux démocratiques, reconversion industrielle, irréversibilité à long terme – pour accueillir une centrale nucléaire, même si le site répond à certains critères purement techniques.






