Une violence policière à condamner sans réserve.

Dire d’abord qu’à l’aune des témoignages recueillis et des images, il y a bien eu une répression policière complètement disproportionnée et illégale. Tous les partis, de gauche mais pas seulement, devraient en convenir sans détour et condamner fermement ces débordements policiers, indépendamment de leur avis sur la pertinence du mouvement en cours.  Les commentaires sur « la jeunesse manipulée », notamment de la part des Engagés, sont particulièrement indigestes, il faut le dire. C’est une question de norme démocratique.  La violence (physique et verbale) de la police qui est mise au jour n’est pas tolérable. Les partis démocratiques doivent agir pour que cela ne se reproduise plus. Point.

 

Un évidente non-représentativité de la police.

La question du positionnement politique des policiers est tabou en Belgique où n’existe pas d’enquêtes sur leur vote.  Elle l’est moins en France. Les enquêtes du Cevipof (Sciences Po) ont montré que les policiers votaient massivement à droite et à l’extrême droite. À la présidentielle 2017, entre 54 et 57% des policiers ont voté pour Marine Le Pen au second tour de la présidentielle. Seulement 10 % avaient soutenu des candidats de gauche.  Ces résultats sont régulièrement confirmés dans les sondages internes ou les analyses électorales. Pourquoi ? Les chercheurs avancent plusieurs facteurs : une socialisation professionnelle axée sur l’ordre, l’autorité, et la lutte contre la délinquance. Or, ce sont des valeurs historiquement associées à la droite (moins quand il s’agit de délinquance en col blanc mais c’est un autre débat). La conclusion des sociologues est qu’il existe une “affinité structurelle” entre métiers policiers et idéologies conservatrices. Les policiers de gauche existent, mais sont souvent minoritaires et marginalisés. En Belgique, une étude de la VUB de 2022 (portant sur 1 255 policiers) a montré que les policiers belges présentaient des attitudes également liées à l’autoritarisme, aux préjugés ethniques, et à la dominance sociale (soit le fait de trouver normal ou souhaitable que certains groupes dominent d’autres). Que fait-on au départ de ce constat ? Comment agit-on pour une police plus représentative sociologiquement de la population ? C’est un véritable enjeu démocratique.

 

Un rapport qui n’est pas sain entre les bourgmestres et « leur » police.

Les manifestations (et les heurts avec la police) se passent très largement dans les grandes villes. Des territoires qui votent très souvent à gauche et dans lesquels on retrouve donc souvent des bourgmestres de gauche.  Bruxelles n’échappe pas à la règle. En Belgique, le bourgmestre est responsable de l’ordre public dans sa commune, il est le chef de la police locale pour les missions de police administrative.  Concrètement, il peut donner des directives à la police, prendre des arrêtés (ordonnances de police), et décider des mesures pour la sécurité, la tranquillité publique, et la gestion de crises (émeutes, manifestations, etc.). Mais il ne dirige pas la police au jour le jour. La police locale a sa propre hiérarchie. Chaque zone de police (qui parfois regroupe plusieurs communes) est dirigée par un chef de corps. C’est lui qui organise les missions, gère le personnel, et dirige les opérations au quotidien. Ce chef de corps agit sous l’autorité du bourgmestre mais garde la direction opérationnelle. En pratique, les grandes villes sont touchées par des phénomènes de délinquance non négligeables, notamment liés à la drogue et au grand banditisme.  Dans ce contexte, les bourgmestres ont besoin d’une police qui les “aide”. Ceci les conduit trop souvent à défendre les forces de l’ordre même quand il faudrait au contraire les rappeler à leur devoir. Sans doute, une certaine idée de « gauche responsable » joue-t-elle également.  San être partisan d’un rapport conflictuel avec la police, il faut pouvoir rappeler que c’est le rôle des élus et de la justice de baliser son travail, en fonction des lois, et aussi des choix politiques que portent les élus comme représentants de la population. Il y a là quelque chose à repenser pour mettre davantage la police au service de sa population et de ses élus, dans le respect des lois. Face à des forces de police qui font “corps”, il est notamment essentiel de pouvoir écarter plus rapidement  et systématiquement, les policiers qui ne respectent pas la loi (propos racistes, homophobes ou transphobes, violences,…)

Un texte de Pierre EYBEN

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